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Benjamin Desoche

Depuis l’apparition des technologies numériques, la préoccupation majeure des industriels de l’image, qui définissent en grande partie notre manière de voir et de regarder, se concentre sur la qualité et la précision des images.

L’image se fractionne en pixels qui, eux mêmes, plus les technologies se développent, se fractionnent à nouveau. Ils se précisent indéfiniment pour rendre plus visible encore un monde qui, paradoxalement, se dé-matérialise au fur et à mesure qu’il se disperse en milliards de carrés lumineux. C’est ce que Tristan Garcia, dans son ouvrage intitulé La vie intense, définit comme le principe de compensation: ‘’Les critiques du progrès historique tels que Herder, ont tous insisté sur ce prix à payer : plus une idée progresse dans l’histoire, plus une autre idée régresse. Quiconque maitrise de plus en plus un geste abandonne derrière lui quelque chose du sentiment ou du geste originels.’’

Il appar4aît donc que plus l’image se précise, plus le nombre de pixels augmente, et plus celle-ci perd en matérialité.

L’imagerie numérique et technique sont les sources principales de la recherche qui oriente le travail de Benjamin Desoche : des origines de la découpe du mouvement par Muybridge dans sa série ‘’Back Flip’’ jusqu’aux logiciels de modélisation Open-Source utilisés pour générer ses bustes composés de strates en céramique. Ce qu’il conserve de cette matière numérique, c’est la grille en tant qu’outil technique de représentation. Cependant, ce qui l’intéresse avant tout, ce n’est pas de donner la définition la plus précise à ses images ou de tenter de définir une autre stratégie de compréhension du monde, mais simplement de rendre les choses palpables afin de redécouvrir une matérialité perdue.

A l’inverse de la série de gifs réalisée par le duo Dewar et Gicquel à laquelle on pourrait apparenter sa pratique, Benjamin Desoche contre l’absurde par la re-matérialisation. C’est ici que se situe sa sensibilité, sa tentative de résistance.
Lorsqu’il simplifie les corps et transforme les carrés de lumière en cubes de marbre, ce qu’il fabrique, ce sont des témoignages à l’épreuve du temps dans un monde qui s’offre bras ouvert à la disparition.

Jules Lagrange, Artiste plasticien.



www.desochebenjamin.com

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